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D'une ponte à l'autre la femelle collembole adapte ses œufs aux contraintes environnementales

La plasticité de reproduction – cette capacité qu'ont les individus de modifier leur reproduction et les caractéristiques de leur progéniture en fonction des conditions environnementales ou sociales – est au cœur de la démographie des populations animales, y compris chez l'homme. Deux chercheurs du laboratoire Écologie & Évolution (CNRS/Université Pierre et Marie Curie/École normale supérieure de Paris) ont mis en évidence la capacité d'adaptation du comportement reproducteur de certains arthropodes d'une ponte à l'autre chez une même femelle.

Thomas Tully et Régis Ferrière, chercheurs au laboratoire Écologie & Évolution(1), ont étudié des populations de collemboles, un des groupes d'arthropodes les plus anciens et abondants sur Terre. Ils ont montré que certaines populations de collemboles ont acquis au cours de l'évolution une extraordinaire capacité d'ajustement de leur comportement reproducteur face à un brutal changement environnemental et social.

D'une ponte à l'autre, une femelle peut ajuster le nombre mais aussi la taille de ses œufs de manière adaptative, c'est-à-dire de façon à ce que ses jeunes soient les plus aptes à survivre aux nouvelles conditions environnementales. Dans un environnement riche en nourriture, les femelles auront tendance à pondre plus d'œufs, de taille plus petite. Dans un environnement de forte compétition, où les individus sont nombreux et la nourriture moins abondante, les œufs seront moins nombreux mais plus gros ce qui permet aux nouveau-nés plus gros de mieux survivre dans ces conditions difficiles.

Une telle flexibilité est une adaptation majeure mais les chercheurs ont aussi remarqué que les lignées de collemboles les plus plastiques sont aussi celles qui souffrent d'une mortalité plus précoce. Chez cette espèce, deux stratégies co-existent dans la nature : une reproduction plastique au prix d'une longévité réduite, ou une longue vie sans grande capacité d'ajustement reproducteur. La comparaison de ces deux stratégies qui ont divergé précocement dans l'histoire évolutive de cette espèce laisse supposer qu'un vieillissement accéléré pourrait être la conséquence non simplement d'une reproduction plus intense, mais d'une plasticité et d'un potentiel génétique de reproduction élevés.

Notes :

1] CNRS/Université Pierre et Marie Curie/École normale supérieure de Paris

Références :

Reproductive Flexibility: Genetic Variation, Genetic Costs and Long-Term Evolution in a Collembola Thomas Tully & Régis Ferrière, PLoS One, 15 septembre 2008

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