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L'affaire Dandonneau

Yves Dandonneau, quarante et un ans, ancien assureur de Montmorency (Val-d'Oise) est le PDG d'une société parisienne de jouets, Babydoll. Ayant souffert enfant d'un père alcoolique et violent, il rêve de créer une école destinée à accueillir les enfants dans le même cas...

L'affaire Dandonneau

Escroquerie à l'assurance

Yves Dandonneau, quarante et un ans, ancien assureur de Montmorency (Val-d'Oise) est le PDG d'une société parisienne de jouets, Babydoll. Ayant souffert enfant d'un père alcoolique et violent, il rêve de créer une école destinée à accueillir les enfants dans le même cas. Pour cela il estime que 10 millions de francs lui seront nécessaires mais l'entreprise qu'il vient de créer ne génère pas suffisamment de bénéfices.

Dandonneau va donc élaborer un plan machiavélique. Il décide de souscrire en avril 1987 huit contrats d'assurances vie. Ses contrats stipulent qu'en cas de mort accidentelle, sa compagne, Marie-Thérèse Hérault, devient l'unique bénéficiaire d'une prime globale de près de 11 millions de francs. Il ne lui reste plus qu'à organiser sa propre mort accidentelle pour toucher le pactole.

A la recherche d'un cadavre

Le problème c'est qu'il a besoin d'un cadavre. Dans un premier temps il demande à son ami, Daniel Blouard, infirmier à la clinique Alexis-Carrel de Sarcelles (Val-d'Oise), de lui fournir un corps en le subtilisant dans la morgue de la clinique. L'opération se révèle impossible, mais Dandonneau n'abandonne pas son projet pour autant.

Il sollicite alors un autre ami, François Meunier, un cuisinier auquel il promet un emploi dans son école, pour qu'il lui trouve " un gars de son âge... qu'il soit ivrogne... au bout du rouleau, genre clochard ".

Meunier se met à la recherche de la future victime et "recrute" un marginal dans un bar près de la gare du Nord. Il s'agit de Joël Hipeau, quarante ans, fils de gendarme, un sujet brillant, parlant couramment l'anglais mais dont la vie s'est brisée à la suite d'un divorce. Le jour de sa rencontre avec Meunier ce n'est plus qu'un SDF alcoolique au bout du rouleau.

La rencontre entre Dandonneau et Joël Hipeau a lieu dans un parc de Sarcelles. Avec ses deux complices Blouard et Meunier ils lui font miroiter un voyage dans le sud.

Le 6 juin 1987, Yves Dandonneau quitte Paris à bord d'un R21 de location avec Joël Hipeau. Daniel Blouard les suit dans l'Austin appartenant à Marie-Thérèse Hérault. Pendant tout le voyage Joël Hipeau boit abondamment l'alcool que Dandonneau lui met à disposition. Mais ce qu'il ne sait pas c'est que Daniel Blouard a pris soin de glisser quelques comprimés de Valium 50 dans sa canette de bière.

Le médicament fait peu à peu son effet jusqu'à ce que Joël Hipeau sombre, inconscient. Le croyant mort, les deux complices s'apprêtent à organiser la chute de l'Austin dans un ravin lorsque Dandonneau constate que le SDF est toujours en vie. Ils décident alors de remettre à plus tard leur sinistre mise en scène.

Le lendemain, les trois hommes se livrent à un ahurissant déjeuner sur l'herbe au cours duquel Joël Hipeau boit une bouteille et demi de vin et une demi-bouteille de whisky. Après le repas les deux complices le laissent sous un arbre et prennent la voiture sans doute pour repérer les lieux de leur futur "accident".

Lorsqu'ils reviennent vers 17 heures Joël Hipeau est mort, vraisemblablement d'un coma éthylique. Il ne leur reste plus qu'à terminer le boulot.

Macabre mise en scène

Dans la nuit du 7 juin 1987, ils installent le clochard mort avec les vêtements de Dandonneau dans l'Austin et la précipitent contre un rocher au "col de l'homme mort" près de Joncels dans l'Hérault.
Ils aspergent ensuite l'auto d'essence et y mettent le feu. Puis Dandonneau quitte les lieux avec la seconde voiture. De son côté Blouard va "chercher du secours". A son retour avec les pompiers la voiture brûle toujours.
Le corps carbonisé qui se trouve à l'intérieur de l'Austin est méconnaissable mais aucune autopsie n'est pratiquée.

Le surlendemain une petite cérémonie est organisée en la présence de la famille et des amis de Dandonneau et le corps est incinéré selon "ses dernières volontés". Jusque là personne ne doute de la mort d'Yves Dandonneau et sa compagne peut donc commencer à percevoir l'argent des assurances vie.

Premiers soupçons

Mais en novembre 1987, une compagnie d'assurances, auprès de laquelle Yves Dandonneau avait souscrit un contrat, demande l'ouverture d'une information pour rechercher les causes de l'accident. Sur commission rogatoire d'un juge d'instruction de Montpellier, Mme Claudine Laporte, le commandant Albert Malé, chef de la section de recherches de la gendarmerie pour la région Languedoc-Roussillon, reprend l'enquête.

Dans un premier temps ce sont les circonstances de l'accident qui sont analysées par les gendarmes et là plusieurs éléments "ne collent pas".

Les enquêteurs constatent que les roues de l'Austin sont braquées en direction de la pierre, comme si le conducteur s'était appliqué à ne pas l'éviter. Un ingénieur du centre d'application et de recherche en microscopie électronique (CARME) appelé à la rescousse découvre, après un minutieux examen du véhicule, que le corps a été arrosé d'essence avant l'accident et parvient à reconstituer une partie de la mâchoire de la victime. Il manque deux dents de sagesse.

L'étau se resserre

Fort de ces éléments, les enquêteurs de Montpellier prennent rendez-vous chez les dentistes du Val-d'Oise, à la recherche de la formule dentaire de la victime présumée et découvrent finalement qu'elle ne correspond pas à celle de Dandonneau.

Une enquête parallèle apprend aux gendarmes que Yves Dandonneau a souscrit, deux mois avant l'accident, huit assurances vie pour un montant de 11 millions de francs. Bénéficiaire unique : Marie-Thérèse Hérault, sa compagne à qui appartient également la voiture accidentée.

Interpellation des complices

Le 20 novembre 1987, une R5 Turbo neuve se gare devant le bureau de poste de la rue des Favorites, dans le quinzième arrondissement de Paris où deux policiers effectuent une mission de surveillance. Marie-Thérèse Hérault entre à la poste en compagnie d'une femme. Un homme les attend à l'extérieur. Les trois personnes partent ensuite, à pied, alors que les policiers continuent à surveiller le véhicule.

Deux heures plus tard, les deux femmes se rendent de nouveau à la poste. Elles en ressortent chargées de sacs bourrés à craquer. Les inspecteurs procèdent à un contrôle d'identité. Dans les sacs, ils trouvent 2,14 millions de francs en coupures de 500 francs.

Les deux femmes viennent d'ouvrir un compte postal et de retirer une partie de l'argent versé par les contrats d'assurance vie d'Yves Dandonneau.

Le couple accompagnant Marie-Thérèse Hérault est identifié. Il s'agit de Danièle Simonin et de son mari.

Découvrant qu'une information a été ouverte à Montpellier au sujet de l'accident mystérieux d'Yves Dandonneau, les policiers placent les trois personnes en garde à vue. Au cours de leur interrogatoire, ils apprennent que Danièle Simonin, cadre dans une compagnie d'assurances où fut employé Yves Dandonneau, a déjà effectué deux voyages à Cannes, où elle a ouvert un compte postal, le 24 octobre 1987, sous son nom de jeune fille. Elle devait s'y rendre de nouveau pour déposer les 2,14 millions de francs retirés.

Curieusement le juge d'instruction de Montpellier, ne juge pas opportun de prolonger la garde à vue. Sur son avis, les trois personnes sont remises en liberté et les coupures de 500 francs leur sont même rendues.

Arrestation du défunt "ressuscité"

Mais les gendarmes de l'Hérault, n'abandonnent par leur enquête pour autant. Les écoutes téléphoniques et les filatures leur permettent d'identifier les personnes impliquées dans cette escroquerie et même de localiser le faux défunt dans le sud de la France.

Le 15 janvier 1988, Yves Dandonneau, le visage transformé par plusieurs opérations de chirurgie esthétique, est appréhendé dans une villa du Rouret près de Cannes et est inculpé d'escroquerie à l'assurance par Claudine Laporte. Il reconnaît l'ensemble des faits et livre le nom de ses complices.

Ses quatre complices Daniel Blouard, François Meunier, Marie-Thérèse Hérault, et Danièle Simonin sont à leur tour arrêtés.

Les détails de l'organisation de l'escroquerie sont maintenant bien connus des enquêteurs mais il reste une inconnue: l'identité de la victime.

Au cours de sa garde à vue, François Meunier, raconte que le clochard, âgé d'une quarantaine d'années, se prénommait Joël mais est incapable de donner son identité complète.

La victime identifiée

Ce n'est que deux ans plus tard, en février 1990 qu'un détenu de la prison de Metz reconnaît dans un portrait robot diffusé par la presse, le visage de Joël Hipeau, qu'il avait fait entrer comme employé dans une société de recouvrement de Sarcelles. Les gendarmes de Montpellier découvrent, en interrogeant l'entourage de Hipeau, que celui-ci a disparu trois jours avant l'accident et qu'il a bien été "recruté" par François Meunier à Sarcelles.

C'est sur ce dernier rebondissement que la juge Claudine Laporte clôt son instruction.

Le procès

Le mardi 30 juin 1992, Yves Dandonneau comparait devant la cour d'assises de l'Hérault. Mais le lendemain Me Alain Furbury, son avocat, met en cause l'impartialité du président de la cour à la suite d'une interview parue dans le Midi Libre dans laquelle il déclare "Yves Dandonneau avait d'immenses atouts, il aurait pu faire de très belles choses. Il avait une excellente situation et gagnait bien sa vie (...). Il a choisi le pire dans une machination diabolique. La justice humaine va passer par-là. "

Cet incident mène la cour à renvoyer le procès à une date ultérieure afin de respecter la présomption d'innocence.

Les débats ne reprennent que le 12 octobre 1992 avec un nouveau président, M. René Gadel. La personnalité de l'accusé est analysée par plusieurs spécialistes. Selon eux il ne s'est jamais vraiment détaché de l'enfance et par moment a du mal à savoir où se trouve la réalité. Pour preuve, sa volonté utopique de créer cette école sur une île.

Les parents proches de l'accusé tentent d'expliquer son geste par la violence qu'il a vécu enfant à cause de son père alcoolique. Dandonneau déclare d'ailleurs que lorsqu'il a vu Joël Hipeau pour la première fois dans le parc de Sarcelles il a cru "voir son père".

Mais une grande partie de sa défense est anéantie lorsque les jurés découvrent ses véritables projets. Quelques mois avant son arrestation il avait entamé des négociations pour l'achat d'un catamaran de 18 mètres et d'une villa de 2 600 000 francs, bien loin de son projet d'école où les enfants seraient heureux.

Le vendredi 16 octobre 1992, Yves Dandonneau est condamné à 20 ans de réclusion criminelle pour le meurtre de Joël Hipeau. Daniel Blouard et François Meunier sont respectivement condamnés à 14 et 9 ans de réclusion. Poursuivies pour complicité d'escroquerie, Marie-Thérèse Hérault et Danielle Simonin sont condamnées à 4 ans de prison avec sursis.