Nucléaire: Moscou se rallie aux sanctions contre l'Iran et accède au marché américain (RBC Daily)

Le 7 mai dernier, l'ambassadeur iranien à Moscou Gholamreza Ansari exprimait encore l'espoir que Dmitri Medvedev poursuivrait la "période dorée" qui avait débuté dans les relations entre Téhéran et Moscou sous Vladimir Poutine, rappelle lundi le quotidien RBC Daily.

Mais dès le 8 mai, Moscou a publié un décret sur les mesures destinées à mettre en oeuvre la résolution 1803 du Conseil de sécurité de l'ONU datant du 3 mars, signé le 5 mai par le président Poutine. Ce document signifie que la Russie s'est ralliée pour la troisième fois aux sanctions économiques contre l'Iran. Une seule exception a été faite pour les équipements, matériaux et technologies destinés aux réacteurs nucléaires à eau légère nécessaires pour exécuter le contrat portant sur l'achèvement de la construction de la centrale de Bouchehr.

Selon Radjab Safarov, directeur du Centre d'étude de l'Iran contemporain, Téhéran exprime son étonnement face à cette "démarche inamicale" et prépare sa réponse à la Russie. "Le refroidissement concernera la coopération dans tous les domaines", prédit l'expert, tout en rappelant qu'au mois de juin, date de l'entrée en vigueur des sanctions, la compagnie russe MegaFon briguera la position de troisième opérateur de téléphonie mobile en Iran.

En vue de détendre la situation, le secrétaire adjoint du Conseil de sécurité russe Valentin Sobolev s'est rendu fin avril à Téhéran. D'après Radjab Safarov, le responsable avait apporté avec lui un paquet de propositions de compromis dont la principale consistait à arrêter l'enrichissement d'uranium ne serait-ce que le temps des négociations avec les Six de l'ONU. Cependant, les Iraniens ont rejeté ces propositions: de 2002 à 2005, ils avaient volontairement suspendu leur programme nucléaire, mais cela n'avait pas accéléré les négociations. L'Iran les considère comme un instrument d'établissement de l'hégémonie des Etats-Unis et doute de plus en plus souvent de la sincérité des appels de Moscou à créer un monde multipolaire.

L'attachement de la Russie aux sanctions contre l'Iran est directement lié à la signature de l'accord cadre sur l'énergie nucléaire avec les Etats-Unis. Conformément à cet accord, Moscou pourra stocker et transformer, dans un centre russo-américain en Sibérie, des milliers de tonnes de combustible nucléaire irradié, que des compagnies américaines fourniront à des pays tiers. Le document pourrait rapporter des milliards de dollars à Rosatom (Agence fédérale russe de l'Énergie atomique), qui aurait ainsi une chance d'obtenir un accès au marché américain et aux marchés des alliés des Etats-Unis dans le Golfe, précise Alexandre Pikaïev, analyste du Centre de sécurité internationale de l'Institut d'économie mondiale et de relations internationales de l'Académie russe des sciences. Ce n'est pas un hasard si sa signature a traîné en longueur en raison des différends avec Moscou au sujet du nucléaire iranien.

Le 6 mai, lors de la réunion des Six à Londres, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a informé les représentants américains de l'attachement de Moscou aux sanctions contre l'Iran, et le jour même, l'accord a été signé. La seule concession que la Russie soit parvenue à obtenir est la possibilité d'achever la construction de la centrale de Bouchehr et de vendre à l'Iran des armes conventionnelles. "C'est la "carotte" qu'a apportée à Téhéran Valentin Sobolev", note Radjab Safarov.

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